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jeudi 25 février 2016

Ivres, ils obligent le pilote à faire une escale !

Ivres, ils obligent le pilote à faire une escale !

Bosnie-HerzégovineCinq passagers en état d'ébriété ont forcé l'équipage d'un vol Istanbul-Rome à atterrir à Sarajevo.



Un avion de la compagnie turque Pegasus Airlines, reliant Istanbul à Rome, a fait jeudi une brève escale à Sarajevo pour évacuer cinq passagers ivres qui avaient insulté des membres de l'équipage, a-t-on appris de source policière.
Selon la presse bosnienne, cet avion transportait des supporteurs de Galatasaray, qui dispute dans la soirée à Rome le match retour des 16e de finale de l'Europa League contre Lazio, une information qui n'a pas pu être confirmée de source officielle.
Renvoyés à Istanbul
«L'avion a fait un atterrissage non prévu à l'aéroport de Sarajevo. La police bosnienne a interpellé cinq passagers, des ressortissants turcs, visiblement sous l'emprise de l'alcool», a déclaré à l'AFP une porte-parole de la police frontalière de Bosnie, Sanela Dujkovic.
«Selon les informations dont nous disposons, ils ont insulté des membres de l'équipage et ils prenaient des boissons alcooliques sans y être autorisés et refusaient également de les payer», a ajouté Sanela Dujkovic.
Selon la même source, l'avion a ensuite poursuivi son vol à destination de Rome, tandis que les cinq passagers seront retenus à l'aéroport, avec une surveillance policière, et seront renvoyés vendredi à Istanbul. (afp/nxp)

dimanche 21 février 2016

samedi 20 février 2016

Un film bosniaque récompensé à Berlin

Un film bosniaque récompensé à Berlin


L'écrivain et philosophe français Bernard-Henri Lévy, à Berlin le 15 février 2016 (AFP/TOBIAS SCHWARZ)

Le festival du film de Berlin a décerné son Grand prix du jury au film du metteur en scène bosniaque Danis Tanovic "Mort à Sarajevo", inspiré d'une pièce de l'écrivain et philosophe français Bernard-Henri Lévy.


Le réalisateur a souligné en conférence de presse à quel point la récompense était "très importante" pour lui et pour le cinéma de son pays, la Bosnie-Herzégovine, où très peu de films d'auteurs peuvent être tournés.
Il s'est également montré peu optimiste sur les chances de parvenir à une réconciliation durable dans son pays multi-ethnique entre communautés serbe, croate et musulmane.
Danis Tanovic a rappelé à ce propos la boutade d'un des personnages de son film "No Man's Land", datant de 2001, sur la guerre dans l'ex-Yougoslavie : "un pessimiste dit : cela ne peut être pire. Un optimiste dit : oh si, cela peut l'être. Eh bien moi, j?appartiens à la deuxième catégorie", a-t-il ironisé.
Pendant la projection du film, il s'était montré encore plus précis. "Si les habitants de Bosnie ne peuvent vivre ensemble, personne, je pense, ne pourra vivre ensemble" en Europe, avait-il dit, car en Bosnie les gens "parlent la même langue, lisent les mêmes livres et écoutent la même musique". "Et donc si nous ne pouvons arriver à vivre ensemble, qui pourra le faire ?", avait-il demandé.
Le film se déroule dans un hôtel à Sarajevo, l'hôtel Europa, où une grève du personnel se prépare au moment même où l'établissement va accueillir une délégation de diplomates présents à l'occasion du centenaire du déclenchement dans la ville de la Première guerre mondiale en 1914, afin de participer à une conférence sur la paix.
Le film a été inspiré de la pièce "Hôtel Europe" de Bernard-Henry Lévy, qui s'était dit "honoré d'avoir généré un tel film".
"C'est un film de Danis Tanovic, c'est son imaginaire, son monde. Mais en même temps cela vient d'Hôtel Europe et ce processus, à la fois lointain et proche, est très émouvant", avait-il déclaré, soulignant l'importance de la sélection de ce long-métrage à Berlin, la Bosnie venant de déposer sa candidature en vue d'adhérer à l'Union européenne.
La pièce avait d'ailleurs été créée symboliquement le 27 juin 2014 au théâtre national de Sarajevo, haut lieu de la résistance de la Bosnie pendant la guerre (1992-1995).

leparisien.fr

Bosnie : la face cachée des accords de Dayton

Bosnie : la face cachée des accords de Dayton


Photo libre de droits

« 40% de chômage », « berceau des salafistes » ou encore « pays divisé et instable », sont des expressions qui résonnent lorsqu'on évoque la Bosnie-Herzégovine. À l’heure du vingtième anniversaire des accords de Dayton, il est temps de dresser le bilan, voire de lever le voile.


Comment un pays au centre des attentions il y a vingt ans a-t-il à peine eu le temps de prendre une bouffée d’air avant de replonger dans une succession de crises ? La réponse se trouve en partie dans la question. Les accords de Dayton se révèlent être à double tranchant et leurs contradictions frappent de plein fouet la Bosnie-Herzégovine.

UN PAYS DIVISÉ

En 1992, la Bosnie-Herzégovine a déclaré son indépendance. La réaction ne s’est pas faite attendre et la Serbie a déclaré la guerre à ce pays qui deviendra le théâtre du conflit inter-ethnique le plus violent de la seconde moitié du XXe siècle. Pendant plus de trois ans, les populations serbes, croates et bosniaques, se sont affrontées pour des raisons nationalistes, chacun voulant un morceau du territoire. Le résultat a été un tableau macabre de plus de 100 000 morts et 2,4 millions de personnes déplacées. En mettant fin à cette tuerie en 1995, les accords de Dayton ont été un franc succès. Cependant, leurs ratifications se basent sur des compromis qui sont à la source de contradictions. La condition pour avoir la paix a alors été d’assouvir les besoins nationalistes des trois peuples. C’est ainsi que la Bosnie-Herzégovine a été divisée en deux régions autonomes : la Fédération croato-musulmane et la République serbe de Bosnie (Republika Srpska).

De cette scission, le gouvernement a perdu 80 % de ses compétences institutionnelles. L’autorité du pays se fait, depuis, à échelle locale notamment car la présidence bosniaque est devenue tricéphale. Chaque population élit son propre président, ce qui a rendu impossible toutes formes de communication ou d’action politique. Le pays plonge dans l’instabilité politique et les actions publiques n’ont que peu d’impact. Le revers de la médaille des accords de Dayton a donc été brutal et la Bosnie-Herzégovine reçoit le titre du pays le plus bureaucratisé d’Europe ! On compte, pour moins de 4 millions d’habitants, 600 parlementaires et plus de 200 ministres. Dans cette structure complexe, nul ne sait qui doit s’occuper de quoi. L’ancien président macédonien a dit lors d’une récente visite à Sarajevo : « J’ai eu l’occasion de rencontrer des représentants des autorités à tous les niveaux. Et, je dois l’avouer, je n’ai jamais compris qui est responsable de quoi. ».

ENTRE DISCRIMINATION ET ARBITRAIRE, UNE CONSTITUTION

La communauté de Dayton a également imposé à la Bosnie-Herzégovine une Constitution encore en vigueur aujourd’hui. Alors que l’idée était d’imposer une démocratie, ce texte fondamental se révèle discriminatoire à maintes reprises. En 2007, la candidature de Jakob Finci à la présidence avait été annulée en raison de sa confession juive. Déterminé à modifier le texte de loi, ce dernier accompagné de Dervo Sejdic – figure politique reconnue, issue de la minorité rom – ont saisi la Cour européenne des droits de l'homme. En décembre 2009, l’institution strasbourgeoise rend son verdict et reconnaît l’existence de caractères discriminatoires dans la Constitution bosnienne. Malgré ces avertissements, la Constitution est resté inchangée jusqu’à aujourd’hui.

Par ailleurs, outre un caractère discriminatoire, le texte de loi se révèle antidémocratique. En creusant dans les annexes de la Constitution, on retrouve ainsi l’existence d’un « haut représentant européen » avec des pouvoirs considérables. Celui-ci détient les « pouvoirs de Bonn » et peut abroger des lois votées par l’un des Parlements, en imposer sans recourir à ces institutions ou encore destituer des élus. Initialement mis en place pour assurer la paix entre les dirigeants, son rôle a évolué et permet de consolider l’édifice institutionnel du pays en accélérant les réformes et la prise de décision dans un pays découpé politiquement. Pour autant, sa présence illégitime est controversée. Alors que le poste devait être supprimé en 2007, il a été prolongé jusqu’à maintenant, décrédibilisant le gouvernement bosniaque aux yeux de la communauté internationale. Les accords de Dayton ont finalement certes réussi à mettre en place une démocratie, mais celle-ci est limitée car arbitraire.

DES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES METTANT EN PÉRIL L’AVENIR DU PAYS

Dans la lignée des instabilités politiques, la Bosnie-Herzégovine connaît également des difficultés économiques. La transition prévue en 1995 n’a pas eu lieu et a abouti à la crise actuelle. Le pays est miné par une bureaucratie qui pèse lourd sur les dépenses publiques, un fort taux de chômage ou encore un taux de pauvreté important. La multiplication des institutions instaurées par la communauté de Dayton a rendu la relance économique de l’après-guerre inefficace. Alors que la division du pays complexifiait le commerce entre les trois peuples, la prépondérance du secteur public a littéralement grevé le budget de l’État. Le pays s’en est retrouvé davantage affaibli et le bilan actuel est sans appel. Le chômage a atteint 27 % en 2015 selon le FMI et plus de 62 % chez les 15-24 ans ! Cette génération de Dayton s'affirme lors des émeutes de 2014 à Sarajevo en réclamant de nouveaux emplois et en dénonçant une politique gangrenée par la corruption. Naturellement, le taux de pauvreté ne cesse de croître. Environ 15 % de la population bosnienne vit actuellement sous le seuil de pauvreté. À titre indicatif, le PIB par habitant en Bosnie-Herzégovine est de 4 300 $ alors qu’en France, il s’élève à 38 500 $.

Finalement, il semblerait que le point d’orgue pour que la Bosnie-Herzégovine retrouve un équilibre soit le même qu’il y a vingt ans. Alors que les partis nationalistes sont de nouveau en hausse, le pays doit plus que jamais s’atteler à l’impensable tâche d’unifier Serbes, Croates et Bosniaques – certainement le dernier moyen de retrouver un mécanisme étatique efficient. Cela suppose que ces trois peuples mettent fin à leur crainte mutuelle et tirent un trait sur les rancœurs du passé…

RONAN PEZZINI
24 Janvier 2016
lejournalinternational.fr

Srdjan Dizdarevic : "En Bosnie, la guerre continue par des moyens non militaires"

Srdjan Dizdarevic : "En Bosnie, la guerre continue par des moyens non militaires"


Le militant des droits de l’homme Srdjan Disdarevic, fondateur et ancien président du Comité Helsinski de Sarajevo, est mort mardi 16 février. Nous l’avions interviewé à Sarajevo en mai dernier. Il nous avait décrit l’atmosphère particulière en Bosnie, 20 ans après la signature des accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre en partageant la Bosnie-Herzégovine en deux entités : la Fédération de Bosnie et Herzégovine et la République serbe de Bosnie (Republika serbska).

Comment expliquez-vous que les traces de la guerre – ruines, impacts de balles sur les immeubles – soient encore si présentes en Bosnie, 20 ans après les Accords de Dayton ?
Nous, les habitants de Sarajevo, voyons moins les stigmates de la guerre que les visiteurs de passage : nous nous sommes habitués. Aujourd’hui, nous avons plutôt l’impression que les dégâts du conflit ont été plutôt bien réparés d’un point de vue physique, alors que les plaies de la guerre sont, elles, toujours bien présentes dans les esprits. La guerre continue, avec des moyens non militaires. La paix était nécessaire mais les accords de Dayton ont imposé une constitution invivable, contre nature, schizophrène. Résultat : au niveau politique, il n’y a pas de vision commune de ce que devrait être la Bosnie mais trois visions.
lavie.fr